Avec le temps, je me suis rendu compte que je pouvais faire coexister mes passions et que mon travail pouvait être justement de trouver les fils invisibles qui unissent les choses les unes aux autres.

Par Luis Alberto Rodríguez

Traduction et réécriture du castillan : Agnès Yobregat

Photographie header : Charles Cadet

Photographies : Luc Médrinal | Fran Dussourd

Aujourd’hui je peux dire que mon travail est un assemblage de plusieurs métiers. Je suis à la fois, et suivant les projets, artiste plasticien, scénographe, acteur, costumier, et bien plus encore.

Qui es-tu ?

 

Je suis cet enfant de 6 ans qui achète une poupée en cachette ; je suis celui qui, à 15 ans, fréquente le cours de peinture ; mais je suis aussi le Francisco de 10 ans qui s'inscrit à son premier cours de théâtre, celui qui à 12 ans assiste à une représentation de La Troppa. Je suis le jeune homme de 22 ans, étudiant à l’Université des Beaux arts et celui qui, à 26 ans, arrive en France, pour finalement devenir la personne que je suis aujourd'hui.

J’aime me définir comme un être humain qui a été tissé par ses souvenirs. Avec ses détails, ses fils et ses coutures. Des fils qui relient et tiennent les différentes pièces ensemble. J'aime penser que ces fils représentent mon âme.

 

Qu’est-ce qui te définit ?

 

Ma pluridisciplinarité et ma sensibilité.

Je suis un corps, composé de différents organes qui ont chacun une fonction bien spécifique, mais qui, tous, jouent un rôle dans ma manière de fonctionner. Aujourd'hui, je me définis comme ce corps qui a besoin de tous ses organes pour exister et se maintenir toujours en mouvement.

 

Comment tout a-t-il commencé ?

 

Je viens d'une famille d'autodidactes. La curiosité et la nécessité de faire font partie intégrante de notre regard sur le monde. Je fais donc j'existe. C'est mon héritage familial.

Je me revois encore, enfant, jouant sous la table de la machine à coudre avec les morceaux de tissus qui tombaient pendant que ma mère cousait. J'essayais, déjà, d'en faire quelque chose.

 

Comment travailles-tu ?

 

J'observe. Le monde est là.

La matière première est là. Le tout est de savoir la lire.

J’aime travailler à partir des traditions pour ensuite casser les codes. En général, j'utilise les rituels familiaux comme référents.

J'ai besoin de démarrer de la tradition familiale pour ensuite lui manquer de respect. C'est comme abattre son arbre généalogique à coups de hache pour ensuite, y broder un de peu de poésie.

Voilà mon geste.

 

Des référents ou des bases ?

 

Tout d'abord l'humain.

Puis l'enfance, la beauté et la laideur, la révolte, les traditions et la peur, la féminité et la masculinité, le sexe et la mort.

 

Des peurs ?

 

Le désamour pour mon travail.

 

Qu'est-ce qui te touche ?

 

Les choses faites à la main, le travail en prise directe avec les matières premières, la manière dont les mains peuvent les transformer en quelque chose d'autre. Tout ça, ça m'émeut. Retourner un vêtement fait main et en découvrir les coutures, ça m’émeut.

 

C'est quoi, l'amour ?

 

C'est marcher, avancer à deux, à trois, à quatre, à cinq, ou à mille.

C'est un pont. C'est une rencontre. C'est un répit. C'est un moteur. C'est un mouvement dirigé vers l'autre.

L'amour, pour moi, c'est ce qui est en dehors de nous.

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J'ai besoin de démarrer de la tradition familiale pour ensuite lui manquer de respect. C'est comme abattre son arbre généalogique à coups de hache pour, ensuite, y broder un peu de poésie.